Hippo on Fire

Hippo on Fire est un projet de recherche et de conservation imaginé et initié par Florian Guyader, étudiant en Master Biodiversité, Écologie et Évolution et membre du GNAUM, à la suite de plusieurs années d’observations et de recensements des hippocampes dans la lagune de Thau.

La lagune abrite une population particulièrement remarquable d’hippocampes mouchetés (Hippocampus guttulatus). Les travaux génétiques réalisés sur cette espèce montrent que les hippocampes des lagunes méditerranéennes, dont ceux de Thau, appartiennent à un écotype lagunaire génétiquement différencié des populations marines, ce qui confère à cette population un intérêt particulier pour l’étude de l’évolution, de l’adaptation et de la conservation de l’espèce (Riquet et al., 2019 ; Meyer et al., 2024).

Mais cette population semble aujourd’hui particulièrement vulnérable aux changements environnementaux. Les recensements réalisés depuis six ans par Florian Guyader, ainsi que les suivis menés par l’association Peau-Bleue et ses partenaires, notamment depuis 2022, montrent d’importantes variations et diminutions du nombre d’hippocampes observés dans la lagune. Le suivi à long terme réalisé par Florian constitue d’ailleurs l’un des éléments à l’origine du projet Hippo on Fire. 

L’été 2022 a notamment constitué un épisode particulièrement marquant. Les fortes températures enregistrées dans la lagune ont coïncidé avec une diminution importante des observations d’hippocampes. Ces constats ont renforcé une question devenue centrale pour le projet :

Quel est l’impact de la température de l’eau et des vagues de chaleur sur la survie et la dynamique des populations d’hippocampes de Thau ?

L’objectif d’Hippo on Fire est de mieux comprendre les facteurs environnementaux qui déterminent la présence, l’abondance et la survie des hippocampes au sein de la lagune.

La température de l’eau constitue l’un des paramètres étudiés en priorité, mais le projet s’intéresse également à d’autres caractéristiques environnementales susceptibles d’influencer les populations : profondeur, caractéristiques de l’habitat, paramètres physico-chimiques de l’eau ou encore localisation des individus.

Des sondes de température sont ainsi installées sur les différents sites d’étude afin d’enregistrer en continu les variations thermiques, tandis que des recensements standardisés permettent de comparer la présence des hippocampes entre les zones et au cours du temps. 

Une autre observation réalisée au cours des dernières années a particulièrement retenu notre attention : des concentrations importantes d’hippocampes subsistent à l’intérieur de certains bassins portuaires. Cette présence soulève une question originale : malgré leur caractère fortement anthropisé, les ports pourraient-ils, dans certaines conditions, constituer des habitats de substitution ou des refuges pour les hippocampes ? C’est l’une des hypothèses explorées par Hippo on Fire. Le projet cherche notamment à comprendre pourquoi les hippocampes sont présents dans certaines zones portuaires et comment les conditions environnementales qui y règnent diffèrent de celles des habitats naturels voisins. 

Pour comprendre la dynamique de la population sans manipuler les animaux, le projet utilise également la photo-identification. Les hippocampes présentent des motifs, des excroissances et des caractéristiques morphologiques permettant de reconnaître certains individus à partir de photographies. Chaque hippocampe peut ainsi disposer d’une véritable « carte d’identité ». Cette méthode non invasive permet de retrouver les mêmes individus au cours du temps et d’étudier leur fidélité à un site, leurs éventuels déplacements ainsi que l’évolution locale des populations. 

Hippo on Fire : un projet de science participative

Après une formation aux protocoles, les bénévoles peuvent participer aux recensements, à la collecte des données environnementales ou encore à l’analyse des photographies. Cette participation permet de multiplier les observations dans l’espace et dans le temps et ainsi d’obtenir un suivi beaucoup plus fin de la population. Il n’est donc pas nécessaire d’être scientifique ni même de savoir plonger pour contribuer au projet. Certaines missions peuvent également être réalisées à terre, notamment autour de la photo-identification et de la gestion des données.

À terme, Hippo on Fire doit permettre de mieux comprendre les mécanismes à l’origine des variations observées chez les hippocampes de Thau, mais aussi d’identifier les habitats et les conditions environnementales favorisant leur survie. Ces connaissances pourront contribuer à orienter les futures mesures de conservation et à fournir des données scientifiques supplémentaires sur une espèce pour laquelle de nombreuses informations manquent encore. L’objectif est ainsi de passer de l’observation d’un déclin à la compréhension de ses causes, afin de proposer des mesures de conservation adaptées aux particularités de la lagune de Thau.

Et pour y parvenir, nous avons besoin de vous !

Que vous soyez plongeur, naturaliste, étudiant, scientifique ou simplement curieux de découvrir les hippocampes et de participer à leur conservation, vous pouvez rejoindre l’aventure Hippo on Fire en nous contactant par mail 🔥🌊 !

 

Quelques références scientifiques :

Riquet, F. et al. (2019). Parallel pattern of differentiation at a genomic island shared between clinal and mosaic hybrid zones in a complex of cryptic seahorse lineages. Evolution, 73, 817–835.

Riquet, F. et al. (2019). Effective population size and heterozygosity-fitness correlations in a population of the Mediterranean lagoon ecotype of long-snouted seahorse Hippocampus guttulatus. Conservation Genetics, 20, 1281–1288.

Louisy, P. & Girard, P. (2022). Recensement des hippocampes, syngnathes et grandes nacres de l’étang de Thau 2021–2022. Association Peau-Bleue / FFESSM. 

Meyer, L. et al. (2024). Divergence and gene flow history at two large chromosomal inversions underlying ecotype differentiation in the long-snouted seahorse. Molecular Ecology, 33, e17277.

Foster, S. J. & Vincent, A. C. J. (2004). Life history and ecology of seahorses: implications for conservation and management. Journal of Fish Biology, 65, 1–61. 

Vincent, A. C. J., Foster, S. J. & Koldewey, H. J. (2011). Conservation and management of seahorses and other Syngnathidae. Journal of Fish Biology, 78, 1681–1724.

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